Jérôme BEHUET

Développeur | Freelance

Travail, de l'émancipation à la distanciation.

Changement de regard sur la place qu'occupe le travail dans ma vie.

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DISCLAIMER : Je suis conscient que mon métier apporte son lot d'avantage (rémunération, conditions de travail, etc.) ce n'est pas le sujet de cet article

En 2019, j'ai eu la chance de partir plusieurs mois en voyage et ces quelques mois ont changés la vision que j'avais de l'occupation du travail dans ma vie.

Qu’est-ce que le travail ?

Je parle ici du travail dans le sens économique du terme, à savoir :

"Une activité économique, profession effectuée contre rémunération, ayant pour but de produire des biens et services."

Le travail est une nécessité économique, où nous nous retrouvons à troquer nos compétences, notre temps de vie, contre une rémunération. Il est également, une contrainte sociale, vous avez remarqué que l’une des questions les plus fréquemment posée à une personne que vous ne connaissez pas est de savoir ce qu’elle fait dans la vie, sous entendant quel est son travail.

L’une des versions de la définition du mot travail provient de l’ancien français, signifiant "souffrance", venant de l'étymologie du mot "tripalium". Un tripalium étant rien d'autre qu'un instrument de torture.

Il semblerait, cependant, que ce raccourci de définition soit faux, pour plus de détails je vous invite à lire l'article Tripalium, une étymologie populaire… mais fausse.

Cette définition étymologique populaire, nous laisse à penser, que le travail représente rien d'autre qu'une forme de souffrance.

Je vais reprendre ici les dires de l'auteur de l'article précédemment cité, à savoir :

Ce qui est un problème, c’est la manière dont le travail est concrètement conçu, par qui et à quelle fin. [...] chacun sait que tout le monde n’est pas égal face à lui. Certains s’y épanouissent pendant que d’autres, plus nombreux, le subissent, voire s’y éteignent. Le problème, ce n’est donc pas le travail en soi qui n’existe pas, ce sont les conditions dans lesquelles chacun d’entre nous est amené à exercer le sien. C’est cela qu’il faudrait changer.

Le travail occupe une majeure partie de notre vie, c’est via notre travail que l’on prend place dans la société, comme si notre travail est l’unique chose nous définissant.

Que fais-tu dans la vie ?

Voilà, je pense, la seconde question, après avoir demandé comment se nomme notre interlocuteur, que l’on pose à quelqu'un dont nous faisons la connaissance.

Cette question est lourde de sens pour ce qui est de la place du travail dans notre vie. Nous donnons un jugement de valeur à la personne en fonction de sa réponse. Répondre qu’en ce moment vous n’occupez pas de poste particulier est, souvent, perçu comme quelque chose de mauvais.

Comme si, nous nous distinguions uniquement par notre travail au sein de la société, ceci est dû au fait que nous sommes des être sociaux et que nous estimons que le travail est un besoin social, alors que le travail est avant tout une nécessité naturelle car ne pas ou ne plus travailler c’est menacer sa propre survie.

Selon Adam Smith, le travail est un besoin naturel ET social, sans travail c'est risquer de perdre tout à la fois, sa vie et sa place dans la communauté.

Ma construction social avec le travail

J'ai grandi avec des parents ouvriers, la première image que l'on m'a transmise du travail est sa nécessité pour vivre mais aussi son caractère obligatoire.

Donc tout naturellement pour moi, dès l'âge de 14 ans j'ai débuté mon premier emplois, en tant que plongeur dans une petite pizzeria tous les week-ends. Ainsi au fil de ma scolarité, j'ai, comme un grand nombre d'étudiants, travailler sur les périodes de vacances, dans le but de gagner toujours plus en autonomie.

Je me souviens encore d'un été où j'ai travaillé durant un mois et demi en équipe avec alternance matin 5h-13h et après-midi 13h-21h, avec l'obligation comme à l'école de léver la main pour demain à aller au toilette car la machine sur laquelle j'étais assigné de ne devait pas s'interrompre. À la fin de ce mois et demi j'ai pu payé ma carte de grise de voiture avec laquelle je roulais déjà depuis plusieurs mois.

Via ces expériences et mon entourage, on m'a aussi transmis la nécessité de me hisser dans les hautes strates de la hiérarchie et, quelque peu, influencé sur le cursus scolaire à suivre afin de m'ériger au rang de col blanc.

J'ai, à ce moment, pris conscience, sans en connaitre le terme, de meritocratie. Comme si, le fait de faire des études me donnerais plus de mérite qu'un autre pour ne pas avoir à demander pour aller pisser.

Les voyages, les congès, les vacances

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Les voyages, les congès, les vacances ou encore tout autre moments de temps libre sont aux antipode du travail. Ce sont des moment où nous nous retrouvons dans une situation, de farniente, d'oisiveté, de temps à soi.

S'accorder du temps pour soi-même, se retrouver dans une situation où l'on a possibilité de rythmer son quotidien selon ses humeurs et ses envies.

Comme tous je prennais quelques congés sur les cinqs semaines légales qui m'étaient accordées. Cependant, durant ces semaines de break et à l'aire du numérique la rupture avec nos obligations n'est jamais complète, on vérifie nos emails, on réponds à certains, etc.

Se déconnecter de toute obligation professionelle et s'octroyer uniquement du temps pour profiter de l'instant, voilà pour moi, ce que mon voyage ma permis de réaliser en plus de découvrir de somptueux paysage et de nouvelles cultures (et bien d'autres choses).

Pour moi, la définition du voyage n'est pas une destination en particulier ou bien un mode de voyage (vélo, moto, train, etc.) mais uniquement le fait de pouvoir profiter de l'instant en se laissant porter par l'écoute de ses émotions. Bien entendu, que le plaisir de découvrir de nouvelles culture, payasage etc. est immense mais ce que j'aime plus particulièrement c'est la sensation que procure les moments où l'on déconnecte de tout le reste, l'on profite du lieu où l'on se trouves, que ce soit sur la côte Est Australienne ou bien en bivouac sur les routes d'Auvergne.

Mon rapport à mon travail

A la suite de mon cursur scolaire en gestion de production en 2007, j'ai, en tant qu'autodidacte, eu l'opportunité de faire de Développeur mon métier. J'ai, depuis, quitté le salariat en 2017 pour devenir freelance. Un métier qui, comme pour beaucoup dans ce domaine, me passionne, me challenge et m'épanouie pleinement au travers les projets pour lesquels j'ai eu la chance de travailler.

Mon rapport au travail, étant autodidacte, j'ai pendants mes premières années de carrière redoubler d'effort et du faire mes preuves et lutter, comme d'autre, contre le syndrome de l'imposteur (lire Vivre avec ces démons ). Je changais de poste ou de société fréquemment venant ainsi nourrir mon expérience. Je prend également conscience de la chance que j'ai d'être un homme, blanc, cis et hétéro, des privilèges non négligeables dans notre société qui ont, implicitement, contribués à mon parcours.

Durant mes dix années en tant que salarié, les congès étaient, pour moi, synonyme de perte de temps car je n'étais pas "productif". Je ne prennais que rarement l'intégralité de mes congès, mon travail était ma priorité.

 Nouveau rythme

Au moment où je reprend l'écriture de cet article nous sommes en période de pandémie mondiale, après plusieurs périodes de confinement, le voyage que l'on connait est un lointain souvenir, un doux rêve du "monde d'après".

Aujourd'hui nous sommes nombreux à pouvoir faire notre travail depuis chez nous, télétravailler. Ce verbe à lui seul donne des frissons à certains employeurs, d'imaginer rémunérer un salarié quand ce dernier est chez lui, pourtant, pour ma part je n'ai jamais été aussi productif qu'en télétravail.

Le télétravail ne peut pas convenir à tous le monde, seulement 4/10 des métiers en France (selon le ministère) peuvent-être fait à distance, il faut aussi prendre en compte l'environnement personnel de chacun. Ce que je veux évoquer ce sont les bienfait que cela m'apporter, personnellement, de récupérer du contrôle sur mon rythme.

Un rythme de vie, que je peux orchestrer avec plus de souplesse en venant, dans la mesure du possible, y réduire peu à peu le temps qu'occupe le travail, en mettant en place du 4/5 dans la mesure du possible sur certaines missions, pour laisser place à d'autres occupations plus oisives d'un point vue de la société.

Ce nouveau rythme, qui me laisse le soin de m'écouter, de respirer, d'admirer tout en continuant d'effectuer un travail qui me passionne, donne une alternance bien plus vivable que d'être uniquement dans ma bulle de travail.

Ce long voyage de 2019 m'a permis de prendre du recul sur mon rapport que j'ai avec le travail. Mon métier, me passionne, me fais vivre et reste nécessaire à ma "survie" mais j'ai pris conscience qu'il est agréable, important, même vital, de garder du temps pour toute autres activités, chercher du divertissement, de l'épanouissement et aller se "nourrir" de nouvelles expériences.

Je vous invite également à lire l'article de Florian Kauder, "Quid d'un monde sans travail"

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